mardi 30 juin 2009

Epiphanie

2 heures 30, le 30...
- Raconte-moi, mon petit, raconte-moi...

- Oh la la la, si tu savais.
- Ben justement, je ne sais pas, raconte-moi.
- J'ai eu l'impression aujourd'hui de vivre deux choses pour lesquelles j'étais totalement fait. Pourtant, la journée à été dure : grosse fatigue, encore deux dolipranes pour passer la douleur, la douleur qui reste, cinglante mais qui m'aide finalement à savoir que je suis vivant et qui est pour moi aussi le signe de la transformation. Le shaman doit vivre une épreuve pour s'initier. C'est un peu ce que j'ai fait aujourd'hui et hier. Le mal transcende les réserves de l'esprit. Et je dois avouer que j'ai puisé dans des ressources que je ne me soupçonnais pas, presque spectateur à l'intérieur de moi-même, lorsque j'ai aidé cette femme qui était en crise d'angoisse et au bord de la dépression. Je rentre dans la chambre, je me présente, elle fond en larmes et finit par m'expliquer qu'elle a peur, qu'elle a perdu sa fille atteinte d'un cancer du sein et qu'elle ne sait pas comment faire, qu'elle a peur de la date anniversaire. Arrive ensuite son mari, qui a eu visiblement une sale opération à la gorge et dont la voix résonne un peu métallique. Bon sang, je donne quelques paroles d'encouragement au bonhomme. La femme me prend la main, elle a besoin de savoir s'il y a quelque chose après, je lui conseille de parler dans un dictaphone à sa fille, juste avant de se coucher et d'essayer de se souvenir de ses rêves. Je me sens conforté dans la nécessité de fonder un jour cette association sur la gestion du deuil et je ressens, même si je vois que cette vieille dame prend un peu de mon énergie, que c'est vraiment quelque chose pour quoi je suis fais. Je suis littéralement transcendé quand je fais ce que je fais à l'hôpital. Mais là, arriver à redonner courage et faire cesser de pleurer cette femme, en si peu de temps, avec les mots qui allaient, j'ai eu l'impression que j'avais fait un pas de plus, vraiment.
- Et l'autre épiphanie ?
- A la répétition, ce soir. J'ai beau avoir merdé un p'tit truc ou deux (comme d'autres), je sais et je sens que j'existe cent fois mieux dans le monde de l'imaginaire et dans le fait de jouer un rôle. Sensation encore amplifiée lorsqu'il y a du public. Je comprends ce que ressentent les acteurs de théâtre ou les chanteurs de scène par rapport aux artistes de cinéma ou aux chanteurs qui ne font que des CDs. La scène, le public, la vibration que cela engendre. Définitivement, il va me falloir trouver l'année prochaine un moyen de plus être en représentation. C'est une nourriture ou une drogue qui dépasse, pour la manière dont je suis, largement tout ce qui existe. Alors bien sûr, ça fonctionne aussi en jeu de rôle. Très bien, même, mais on n'a pas autant de public. Je sais aussi que tout le monde n'est pas "friand" de cette nourriture, de ce que donner aux spectateurs et prendre de leur attention peut faire. Qu'il y a bien d'autres manières de se transcender. Mais la magie créée par l'instant de communion de plusieurs personnes, c'est quand même quelque chose de pas si facile à égaler.
- Tu aimerais bien en faire d'autres, hein, des représentations ?
- D'autres, oui, plein d'autres. Mais il n'est jamais trop tard pour commencer.

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