mercredi 12 mai 2021

Le même titre que la veille, cong : le conte, le fils et la page du jour...

Pour la page du jour, c'est là : Le poète.

Pour le fils : C'est ici...

Un peu de Villabon, quand même...










Pour le conte :

La luciole et la tomate...

La luciole était un peu fatiguée, elle venait d'accompagner une amante dans ses rêves de la nuit... Elle était entrée lorsque l'amante avait fermé ses volets, l'avait éclairé quand elle se préparait pour la nuit, avait volé sur le cou et les doigts de l'amante, frémissante du souvenir des mots doux de son aimé puis s'était posée sur son cœur... Mais une amante, frémissante, emplie de mots doux, avec un cœur qui bat si fort, ce n'était pas forcément de tout repos... Et donc, la luciole avait besoin de récupérer... Elle passa par les persiennes, avisa le jardin et remarqua une énorme tomate, teintée de plusieurs couleurs, pas forcément très jolie, et dont la forme n'était pas particulièrement harmonieuse...
- Voilà un endroit pour se reposer, et peut-être observer ce que le cœur de l'amante a fait à ma lumière dans les reflets humides de cette tomate baignée par la rosée... Pensa un trop fort la luciole.
- Allons-bon... T'es qui toi ? Fit la tomate, un peu grincheuse, qui n'avait pas eu, elle non plus, une nuit tranquille à cause de la pluie et d'une chenille de papillon de nuit.
- Mais je suis la luciole, la frivole, la bestiole, la flammerole, la gardienne de la flamme des amantes qui soupirent. Chantonna la luciole, un peu étonnée tout de même de s'adresser à une tomate.
- Qu'est-ce que tu viens faire sur moi ? Grogna la tomate...
- Observer mon reflet. Susurra la luciole.

- Ben c'est pas gagné, je te le dis, j'ai la peau rêche et même des graines qui percent, ici, là ou là.
- Cela ne me gêne pas. Car il y a bien d'autres endroits sur toi sur lesquels je peux voir mon reflet, et je dois avouer que je t'en remercie, j'ai bien la couleur de l'amour, ce soir...
- Tu sais ce que je suis ? Je suis le fruit ou le légume préféré dans ce pays. Et pourtant, personne ne veut de moi. Et pourtant, je ne sais pas, je me suis fait fort d'exposer ce qui n'était pas très bon ou digeste en nous : les graines et la peau.
- Les graines et la peau ?
- Oui. Nos parties acides, qui ne devraient pas être consommées. Nous, les tomates, enfin... celles qui ne sont pas comme moi, nous sommes tellement aimées que tout le monde nous mange en entier, enfin, en entier... celles qui sont bien rondes, bien rouges, bien calibrées et bien aseptisées.
Visiblement, la tomate était aigrie. On pouvait comprendre. Quand on prenait le temps de compter le nombre de tomates bien rondes, rouges ou calibrées dans ce pays et qu'on le comparait aux nombres de tomates un peu moches mais qui avaient du goût, il y avait de quoi...
- Tu es le fruit ou le légume préféré dans ce pays ? C'est étrange. Moi je suis l'insecte préféré aussi de ce pays.
- Non, c'est l'abeille. Ricana peu ou prou la tomate, parce qu'une tomate qui rit, on est jamais sûr.
- L'abeille ?
- Oui, l'abeille, sans l'abeille, nombre d'entre-nous ne serions pas ici. Et d'ailleurs, c'est quoi ton utilité à toi ?
La luciole rayonna un peu plus fort et vit un reflet sur la peau orange et vert et marron et euh... d'autres couleurs indéterminées...
- Moi, mon utilité, c'est euh, la lumière, surtout la lumière de l'espoir...
- L'espoir ? Manqua de ricaner à nouveau la tomate.
- L'espoir de l'amour par exemple... Je viens de passer la nuit sur une amante qui... ah...
La tomate se mit à perler, un peu de jus qui perçait du trou que lui avait fait sa seule compagne nocturne, une chenille de papillon de nuit qui ne s'était d'ailleurs pas attardée... La luciole reprit :
- Tu, tu... coules un peu, là...
- Je sais, et j'ai peur de finir comme ça, sans personne qui ne veuille de moi. Suinta la tomate, visiblement affectée...
- Comment ça ? S'inquiéta sincèrement la luciole sans prendre la peine de reculer alors qu'une goutte de la tomate lui touchait une patte.
- Tout ce qui est bon en moi est à l'intérieur, bon, bien sûr il faudrait se débarrasser de quelques graines, mais... et encore... si on prenait la peine de les replanter, il y en aurait des tas d'autres comme moi et peut-être que les gens arrêteraient de manger tout ce qui est calibré, beau, rouge et aseptisé.
- Alors, peut-être que je peux quelque chose pour toi... Fit la luciole en gouttant le jus de cette dernière, ou non, le nectar, le nectar c'est plus joli que le jus...
- Les lucioles, ça mange des tomates ?
- Non, mais je connais une amante et je peux la faire rêver. Est-ce que ça te dirait de devenir pour un court instant, juste un instant son amant au moment où elle croquerait ta chair ? Elle serait délicate avec ses lèvres et sans gêne si tu coules sur elle. Elle serait douce, aussi, et ne mangerait pas tes graines, et saurait faire pour toi des enfants parce que tout en elle serait amour... Est-ce que ça te dirait ?
- Je pourrais avoir une amante et avoir des enfants ? Sérieusement ? Aspergea quelque peu la tomate, éclairée par l'espoir.
- Sérieusement. Vibra la luciole.
- Que faut-il pour cela ?
- Laisse-moi transporter un peu de ton précieux suc sur les lèvres de l'amante et lui rayonner ta chair et ton désir d'avoir des enfants. Laisse-moi faire ça pour toi, le veux-tu ?

- Bien sûr que je le veux... Bien sûr, tu penses bien...
- Alors, c'est simple...
Une patte, deux pattes, trois pattes, toutes les pattes dans le précieux trésor et la luciole était prête à s'envoler...
- Attends, attends, attends, et moi ? Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Dit la tomate...
La luciole réfléchit un court instant puis brilla :
- Laisse-moi en faire autant sur toutes les graines qui germeront après toi... Laisse-moi porter l'amour sur toutes les lèvres des amantes, peu importe la couleur ou la forme de l'amour.
- Mais bien sûr, mais bien sûr... Exulta la tomate, même si tout cela ressemblait à un conte de fées.
- Alors, à notre bon souvenir à toutes les deux dans tes prochaines incarnations...
Et pouf, et bzzz... la luciole s'envola, s'en retournant vers les persiennes, pour disparaître accomplir sa mission...
La tomate soupira en sentant la rosée perler de plus en plus sur sa peau parcheminée...
- C'était qui la torche dans la nuit ? Fit la chenille du papillon de nuit.
- L'ange qui va me permettre de devenir le fruit de l'amour.
- Noooon ?
- Si. Gicla la tomate, tellement elle était excitée.
La chenille du papillon de nuit regarda la tomate et dit :
- J'ai bien fait de ne pas te manger, tu m'as l'air complètement barrée, j'aurais été tellement malade...
- Je ne suis pas malade et d'ailleurs, regarde, regarde, regarde qui vient...

À quelques pas de là, le bruit de la persienne qui s'ouvre, une luciole qui brille derrière des cheveux défaits, les lèvres teintées de rouge d'une amante qui pose son regard sur une tâche orange et verte et... et ses lèvres qui sourient...
- Wow, je voudrais être aussi belle que ces lèvres quand je serai un papillon. S'exclama la chenille toute fière de conclure cette histoire... Et, pour sûr, elle avait bien raison.


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